Histoire de vie antérieure (Partie 3)

Je t’avais bien dit que je savais pas où je m’en allais dans cette série.

Et bien si t’as aimé les deux premières parties (que tu peux retrouver ici et ici si tu ne les a pas encore lues), voici l’article 3.

 

Il y a quelques jours, j’ai eu le bonheur de me plonger dans une autre vie intérieure. Pis de rencontrer la personne que j’étais il y a de ça vraiment très longtemps. J’aimerais pouvoir te donner une date précise, mais je n’en ai pas vu. Tout ce que j’ai entendu en demandant quand cela se passait c’était « Mille. Mille. Mille. Mille. Mille… » se répétant en boucle. Comme si je comptais. Mais ça m’a pas beaucoup aidé.

Par contre, ce qui m’a marqué dans cette vie, c’est l’environnement dans lequel je vivais.

Dans la méditation, comme les précédentes, pour rentrer dans notre vie intérieure, il faut passer par une porte. Autant celle de ma première vie était blanche et chic, autant celle-ci était en bois et des lianes tombaient devant.

Lorsque je l’ai ouverte, je me suis retrouvée en pleine forêt tropicale. Genre amazonienne. Une vraie jungle. Des immenses arbres, un sol couvert de branches et de feuilles, des lianes qui tombaient de partout devant mes yeux. C’était tellement beau. Je me sentais chez moi. À la maison. En communion avec la nature. C’est comme si elle me laissait vivre chez elle. Comme si je lui était reconnaissante de m’héberger. C’était vraiment spécial comme ressentit.

 

Il me semble que j’étais un homme (encore une fois oui, haha), et je m’appelais Blue (Ou un mot équivalant dans la langue que je parlais qui signifiait « bleu »). On m’avait appelé comme ça par rapport à la couleur de mes yeux. J’étais aussi brun et j’avais de très longs cheveux un peu rêches.Il arrivaient au moins au milieu du dos.

Dans cette vie-là, j’ai vu 3 scènes.

3 scènes vraiment spéciales.

Dans la 1ère, il faisait nuit et j’étais assis tout en haut d’un arbre, dans un genre de hutte à regarder la lune. Ses rayons illuminaient la canopée qui s’étendait à perte de vue. C’était tellement beau , t’aurais vu ça. Toute les nuits, je restais là pendant des heures à regarder la forêt de haut. À écouter les sons des animaux. À contempler la lune. À admirer les étoiles. Tout le monde dormait. C’était si calme. Si apaisant. Il y avait pas d’horaire, pas à penser à ce qui faudrait faire le lendemain, pas à travailler. J’appréciais juste ce moment de pur bonheur chaque nuit.

Je sais maintenant pourquoi je me sens si bien quand je regarde la lune le soir. Pourquoi elle m’apaise autant. Certain que mon âme se rappelle ces doux moments.

Puis au bout d’un moment, je finissais par me retourner dans ma hutte perchée dans les arbres, j’embrassais ma fille sur le front et je m’endormais. Juste serein et apaisé.

 

Dans la deuxième scène, j’ai pas encore tous les morceaux. Mais j’ai vu une femme âgée venir vers moi en me disant qu’ils attaquaient (Qui? Ça je sais pas), et qu’en tant que Gardien, je devais la (ou « le » je ne sais pas non plus) prendre et fuir pour le protéger. Que c’était mon rôle. Ma responsabilité. Alors j’ai attaché un bandeau sur mes yeux. Il était troué pour que je puisse y voir, j’ai senti que j’attrapais quelque chose dans ma main gauche, que je le tenais à bout de bras et je suis parti sans me retourner.

J’ai laissé toutes les personnes de mon clan derrière-moi et je suis parti. Pour accomplir mon devoir. Encore une fois, j’ai écouté mes responsabilités plutôt que mon cœur. Mais bizarrement, ce n’était pas déchirant. Je sentais que j’étais convaincu de faire ce qu’il fallait pour mon peuple. D’accomplir un devoir juste. Et j’en étais fier. C’était même un véritable honneur.

 

Et puis il y a eu la troisième scène. Celle de mon décès.

On peut pas vraiment dire que ça s’est fait dans la douceur. Mais je ne me suis pas senti anéantit comme pour celle d’Ulrich. Je n’étais pas triste. Je n’étais pas en colère. J’avais peur et je suis mort en tentant le tout pour le tout. En fait, je m’étais retrouvé seul, à terre en pleine forêt, poursuivi par un gros félin. Un genre de panthère ou de tigre, je saurais pas trop te dire. Je tenais dans mes bras ce que je devais protéger. J’ai la sensation que c’était un enfant, mais je ne pourrais pas te l’affirmer. Je regardais le félin en plein dans les yeux. Lui, il me montrait les crocs. Et au moment où il a commencé à bondir, j’ai roulé sur le côté, en tentant de l’esquiver pour me sauver. C’était ma seule chance d’y échapper. Mais ça n’a pas marché. J’ai senti ses crocs me lacérer le dos. Je te promets, j’ai vraiment ressentit la douleur dans ma chair.Puis c’est devenu tout noir. J’étais mort.

Je n’avais pas réussi à accomplir mon devoir. Mais au moins j’avais essayé. De toutes mes forces. De toute mon âme.

 

Aujourd’hui encore je me demande ce que je devais protéger. Mais peut-être que dans le fond, c’était pas ça le plus important. Peut-être que Blue avait juste à me rappeler que c’est ok de prendre du temps pour soi. C’est ok de prendre le temps d’écouter le silence. C’est ok de juste contempler ce qui se passe autour de nous sans être dans le faire.

Et qu’on a tous le droit d’être heureux à notre manière.

Pis je pense qu’il a aussi à m’apprendre que c’est ok de mourir seul. De ne pas forcément être accompagné tout au long de notre chemin. Pis que c’est pas pour ça que la vie en sera moins belle. Moi qui ait toujours dit à Doudou « on mourra ensemble pour jamais être séparés ». Au début de notre relation j’avais même regardé s’il était possible d’être enterré dans le même cercueil. Oui oui. Haha. J’ai fait du chemin depuis 😉

Pis je pense aussi que Blue me rappelle que laisser ceux qu’on aime derrière soi peut-être nécessaire pour notre survie. Même si on a parfois tendance à l’oublier. Pis que c’est pas forcément être égoïste. C’est choisir de vivre pour soi, mais aussi pour les autres. Pour leur permettre de survivre à travers notre mémoire et de perpétuer les coutumes de notre peuple.

Parce que vivre, ça implique pas que de nous protéger. C’est aussi protéger toute la vie autour de nous. Partir pour mieux les protéger et les aimer.