Histoire de vie antérieure (Partie 2)

Je n’ai jamais voulu d’enfants.

Et ça a toujours été comme ça aussi loin que je me souvienne.

Pourtant quand j’y repense, je me souviens pas avoir eu un traumatisme ou qu’il y ait eu un événement particulier qui me fasse dire « C’est à cause de ça que je n’en veux pas ».

Non. Ça a juste toujours été là. Comme si c’était ancré dans ma mémoire depuis toujours. Comme si mes cellules faisaient blocage.

 

Tu te doutes bien qu’on m’a souvent demandé pourquoi. Pourquoi tu n’en veux pas ?

C’était une vraiment bonne question. À laquelle je répondais toujours la même chose : Un enfant, ça coûte cher et ça te prive de ta liberté. Tu ne peux plus faire ce que tu veux quand tu le veux. C’est comme si d’un coup toute ta vie devait s’adapter à lui. Comme si elle s’arrêtait.

Pis là, on me répondait toujours la même chose : Oui mais ça te rempli d’amour.

Comme si ça venait compenser, justifier le reste. Le « sacrifice ».

 

Pis quand on me répondait ça, je le comprenais, mais je le ressentais pas. Pour moi, un enfant ne t’enverra jamais assez d’amour en contre partie. Ma tête associait « Avoir un enfant » avec « Ne plus être heureuse ».

 

C’était ancré de l’intérieur. Comme si je le savais depuis toujours. Comme si je me trainais cette pensée depuis des siècles.

Je refusais d’avoir des enfants. Je refusais la vie modèle parfaite « Mari-enfant-maison avec clôture blanche-pis le chien ». Je me souviens encore entendre ma voix quand j’étais ado « Je me refuse d’avoir cette vie là. C’est hors de question. » et mon cerveau rajoutait au fin fond de mes pensées « Plutôt mourir ».

 

C’est plutôt fort comme pensée. Surtout quand on a 15 ans. Alors que je ne savais même pas trop pourquoi. Je n’allais jamais plus loin que ça. Je le savais. Je le feelais. C’est tout.

 

Jusqu’à ce que je comprenne hier soir pourquoi j’avais cette croyance aussi bien ancrée.

 

Avant d’aller me coucher, je me suis fait une méditation pour régresser dans une de mes vies antérieures.

Je me suis retrouvée dans la peau d’Ulrich dans les années 1760. (Je décris ma 1ère rencontre avec lui ici en détails si t’es curieuse). Pour résumer, c’est un homme brun d’une trentaine d’années, architecte il me semble (en tout cas il dessine et construit des bâtiments), plutôt aisé vivant dans un pays d’Europe de l’est (genre Allemagne ou Autriche) homosexuel, fou amoureux de Nyls, un homme parti se battre à l’autre bout du monde au Canada dans l’espoir d’y trouver une vie meilleure après la guerre.

Nyls avait demandé à Ulrich de le suivre afin qu’ils puissent tout recommencer là-bas. Mais malgré son amour incommensurable, Ulrich avait refusé. Il s’était obligé à rester pour sa famille, ses parents, son travail.

 

Je pourrais pas t’expliquer à quel point ça l’anéantissait. C’est beaucoup trop fort pour l’écrire. C’est comme s’il s’était lui-même amputé de la moitié de son corps et de son âme. C’est comme s’il avait un trou béant au milieu de la poitrine. Il était qu’un pâle reflet de lui-même. Un bouillon de tristesse, de regrets et de colère qui en fini pas de chauffer.

 

Sauf que dans ma méditation d’hier soir, cette fois, je l’ai vu bien plus vieux. Âgé de la cinquantaine. Les traits tirés. Les cheveux grisonnants. Il était dans l’écurie de son domaine à nourrir ses chevaux. Il avait des employés pour le faire, mais il continuait de s’en occuper de temps en temps. C’était son échappatoire, son moment de solitude à lui qui lui faisait du bien.

 

Jusqu’à ce qu’un enfant arrive et l’appelle « Papa ».

 

Quand il s’est retourné, je me suis vu à l’intérieur d’Ulrich. Je me suis vu regarder mon fils à travers ses yeux. Et j’y voyais tout ce que j’avais raté. Tous les mauvais choix que j’avais pris. Je ne ressentais aucun amour pour lui. Tout ce que je voyais, c’était le rappel de ma souffrance. À chaque fois que je posais les yeux sur son visage, je me reprenais une nouvelle claque en pleine gueule qui me rappelait que j’avais laissé partir l’amour de ma vie juste pour ne pas faire de vague, juste par devoir et obligations.

Le regarder me rappelait à tous les jours qu’avoir une famille modèle avec des enfants, c’était souffrir. C’était être vide de l’intérieur. C’était être malheureux. C’était ne pas aimer. C’était ne pas être soi… C’était tuer son âme.

 

Puis la voix de la méditation nous a demandé de visualiser notre décès.

 

Et c’est là que tout a pris son sens.

 

Avoir un enfant, c’était mourir de chagrin. Littéralement. J’ai vu Ulrich se suicider d’un coup de fusil sous le menton.

Mort de tristesse. Mort de ne pas avoir pu vivre aux côtés de son grand amour. Mort de ne pas avoir écouté son coeur. Anéantit de l’intérieur. Bouffé par la souffrance d’avoir choisi la vie modèle vide de sens. Plutôt que la vie passionnelle aux côtés de celui qu’il aimait.

 

Alors pas étonnant que dans cette vie je ne veuille pas d’enfants.

Ça prend même tout son sens.

C’est comme si mon corps, mes cellules, mes souvenirs… mon âme s’en rappelaient. Comme si mon cerveau se protégeait lui-même de toute la souffrance qu’il avait ressentit il y a des siècles. Comme si j’associais toujours « Avoir des enfants = C’est être malheureux. Avoir des enfants = C’est se suicider, c’est renoncer à vivre, c’est mourir ».

 

Maintenant, à chaque fois que j’entends mon âme me crier de suivre mon coeur et non plus les « il faut que… », je me rappelle Ulrich. Je me rappelle de le faire pour lui. Pour cette vie qu’il aurait tant aimer mener.

Je me rappelle de vivre pleinement. De faire ce qui me fait envie au plus profond de mon âme, même si ça fait peur. Pour lui montrer qu’il n’est pas mort en vain. Que sa vie me permet d’apprécier chaque bout de la mienne.

Je le remercie de me permettre de vivre cette vie à mon tour.

Et je remercie mon âme pour tout ce qu’elle me permet d’accomplir ici et maintenant grâce aux expériences et à la sagesse de mes vies passées.