Histoire de vie antérieur (Partie 4)

Ce soir, la flamme de l’écriture s’est rallumée. Mais pas n’importe laquelle. Celle des romances.

J’avais envie de te partager une de mes visions d’Ulrich comme si j’étais à sa place. Ça change pas mal du style des précédents articles. Mais ça me permet de te faire plonger encore plus intensément dans ce que j’ai ressentis. J’espère que t’aimeras ça.

 

 

Il faisait beau. Pas un seul nuage ne venait obscurcir le ciel bleu couleur d’azur. C’était rare pour notre beau pays. Même en plein été, il n’était pas rare d’être assommés par une bonne averse. Alors il valait mieux en profiter. C’était le moment parfait pour rejoindre Nyl à notre lieu de rencontre habituel.

Parfois je me demande combien d’autres hommes sur terre se cachent eux aussi pour se voir. À écouter notre chère royauté, on serait malades… Comme si aimer était une déviance, une maladie incurable. Aimer une personne de l’autre sexe est prôné, alors pourquoi s’éprendre d’un corps aux mêmes formes serait serait condamnable ? Il est pourtant selon moi un amour tout aussi pur et profond. À leurs yeux, c’est comme si l’on n’était pas sains d’esprits. Je peux pourtant vous affirmer que mes facultés intellectuelles ne sont pas sans restes. Après tout, le métier d’architecte n’est pas pour tout le monde.

Mais trêve de flânerie, me voilà arrivé en notre lieu de retrouvailles. Je venais de traverser le champ jouxtant la propriété, long de plus de 400 pieds et m’arrêta au grand chêne, derrière un des ballots de foin ramassé la veille. J’accrochai les rênes de mon cheval à une des branches et le laissa brouter tranquillement. Puis je me retournai et me retrouva éblouit, une fois encore, par la beauté de Nyl.

Le soleil de juillet donnait à ses cheveux châtains des reflets dorés à se damner. Je ne me lassais jamais de le contempler. Il était là, le dos appuyé contre la balle de foin plus haute que lui. Sa chemise délassée laissait apparaitre le début de ses pectoraux saillants. J’aurais tout donné pour y laisser voyager mes lèvres. Son regard espiègle se plongea directement dans le mien et un sourire vint fendre son visage au moment où je me retournai. J’aimais sa bouche autant que ses yeux. Elle était grande, pleine de malice, entourée de deux fossettes. Il m’observa avec insistance pendant plusieurs secondes sans rien dire. Je sentais le désir monter dans son regard. Ses yeux me transperçaient de part en part sans me lâcher. Puis en l’espace d’à peine une demi-seconde, il parcouru les trois mètres qui nous séparaient et plaqua sa bouche généreuse sur la mienne. Je sentis ses mains se coller de chaque côté de mon visage avec fougue. Instinctivement, les miennes vinrent s’engouffrer sous le lin de sa chemise et caresser le creux de son dos. Son baiser était dur, appuyé. Il me rendait fou.

J’entrouvris mes lèvres et vint caresser sa langue de la mienne. C’était si bon. Pris d’un frisson, j’accélérai mon baiser et plaqua mon bassin contre lui, le sentant se tendre de désir encore plus. Par tous les saints, rien que le fait de le sentir me faisait le désirer encore plus. Mais ce n’était pas assez. J’en voulais plus. Je vins alors placer mes mains de chaque côté de ses hanches et le poussa en arrière, jusqu’à ce qu’il heurte violemment le ballot de foin. Il cessa son baiser le temps de sourire et reprendre son souffle puis recommença à m’embrasser encore plus passionnément. J’avais beau le maintenir entre moi et la botte, je ne maîtrisais plus rien. Sa passion me consumait de l’intérieur. J’aurai pu rester là à me délecter de lui pendant des heures. Mais il fini par rompre le contact et s’esclaffa de son plus grand sourire :

– Hé bien, Lord Ulrich, j’espère que vous n’accueillez pas tous vos charpentiers de la sorte ?

– Seulement ceux qui ne lassent pas leurs chemises, répondis-je en couvrant de baisers l’embrasure de son torse.

– Ce n’est guère pour me rassurer. J’espérais vraiment avoir droit à un traitement de faveur, dit-il en passant ses mains dans mes cheveux, tandis que je m’étais déjà glissé jusqu’à hauteur de son nombril.

– Ne vous en faites pas, les autres n’ont droit qu’à des baisers. Vous êtes privilégié, dis-je d’un sourire taquin en déboutonnant son pantalon.

J’embrassai sa peau lisse quelques fois. Lentement et fermement. Ses mains s’agrippèrent dans ma chevelure et suivirent mes mouvements. Je ne pouvais empêcher ma langue de le goûter, c’était comme instinctif, j’en voulais toujours plus de lui. Si cela avait été possible, j’aurais voulu que nos corps et nos âmes entrent en fusion. Mais nous ne demeurions que deux êtres mortels faits de chair et de sang.

Alors je me contentais de le sentir au plus proche de moi. Sentant le désir monter à son maximum, Nyl repris vaguement ses esprits et attrapa le col de ma chemise pour me faire remonter à sa bouche. Je m’empressai de l’embrasser à nouveau, enivré de sentir son appétit grandir autant. En même temps que nos lèvres dansaient ensemble, chaque muscle de mon corps se tendait. J’étais à bout de souffle, il fallait que je fasse redescendre la pression quelques instants.

Je n’ai même pas eu besoin de m’écarter que Nyl décolla ses lèvres des miennes et concentra son regard sur mon pantalon qu’il était en train de défaire. La tâche était ardue avec mes six boutons, mais il commençait à avoir l’habitude. Je reculai le temps de le retirer. Nyl, lui, ne perdait pas une miette du spectacle qu’il avait devant les yeux. Quand j’eus fini, il se retourna et je vins me coller contre son dos. Mes mains l’encerclèrent machinalement, mon bras droit passant sur son épaule pour venir effleurer son tors et mon bras gauche vint se poser sur ses abdos. Je laissais mon visage se perdre dans son cou. Il sentait le foin coupé et la terre humide. Comment pourrais-je oublier cette odeur un jour ? Il m’enivrait à chaque instant.

Mon désir et mon amour pour lui étaient si grands que je ne pouvais plus attendre. Il me le fallait. Maintenant. À chaque fois que nous nous embrassons, j’ai perpétuellement l’impression de ressentir le maximum de désir possible. Comme si aimer davantage était impossible. Mais au moment même où nos corps ne font à chaque fois qu’un, toutes mes sensations s’emportent encore davantage. L’extase ultime. La certitude d’être avec la seule personne au monde capable de me combler comme il le fait chaque jour. Je serais bien incapable de vous dire combien de temps j’ai résisté à la plénitude. Quelques secondes ? Quelques minutes ? À vrai dire, je m’en contre fou royalement. Il n’a jamais été question de performance. Parce qu’à la seconde où je sens tout le corps de Nyl conquis par le plaisir, je perds pied à mon tour et ne peux me retenir de le rejoindre dans l’extase. Mes bras viennent l’entourer et le serrer aussi fort qu’il m’est possible de donner.

Ce sont les secondes qui suivent qui sont les plus pénibles. La peur d’avoir été vus, regarder dans toutes les directions que nous étions bien seuls, tendre l’oreille plus qu’on ne le devrait en temps normal afin d’être certains que personne n’était présent. Et se reprendre la gifle en plein visage que ces moments à deux ne sont qu’éphémères. Que jamais je ne pourrais lui prendre la main en public, marcher à ses côtés dans la rue ou chevaucher toute la journée dans ses bras pour nous rendre à la ville sans finir au bout d’une corde ou fusillés.

Puis je tourne à nouveau la tête en sa direction et je me perds à nouveau dans ses yeux bleus. Encore. En une fraction de seconde, je me rappelle que rien au monde n’est plus doux que d’être à ses côtés. Que jamais, je ne saurais faire autrement que l’aimer.

– Au fait, tu as entendu, ils recrutent des soldats pour partir en guerre de l’autre côté de la mer.

Lance Nyl assis sur une pierre et ouvrant son étui à cigarette en fer.

– Oui, j’ai entendu cela. Ne me dis pas qu’ils t’ont obligé à y participer ? je demande soudain mort d’inquiétude.

– Non, non. Ils n’obligent personne. Mais je me disais que cela pourrait être l’occasion pour nous deux d’avoir un nouveau départ, dit-il en prenant entre ses doigts sa cigarette.

– La mort, un nouveau départ ? je ne peux empêcher de répondre sur un ton sarcastique.

– Non, pas la mort. Mais imagine, si nous gagnions la guerre, nous pourrons rester là-bas, nous établir, ensemble. Les gens seront peut-être différents. On aurait peut-être plus besoin de se cacher, tentait-il d’expliquer.

Mais mes oreilles ne voulaient rien savoir. Tout ce que j’entendais c’était « partir à l’autre bout du monde » et « guerre ».

– Nyl, c’est notre peuple qui part s’établir là-bas. Bien sûr que non, ils ne seront pas différents. Ça ne servirait à rien de partir.

– Et si je te le demandais ? Tu viendrais ?

Je laisse planer un silence pendant de longues secondes. Je suis incapable de répondre. Je ne saurais vivre sans lui. Mais quitter tout ce que j’ai ici m’est aussi impossible.

– De toute manière, la question ne se pose pas.

– Si, elle se pose Ulrich. J’ai donné mon nom ce matin. Le bateau lève l’ancre dans dix jours.

Il baissait la tête et murmurait. J’entendais à peine sa voix. Et j’étais incapable de répondre quoi que ce soit. Incapable de parler. J’avais l’impression qu’on venait de m’arracher le cœur à main nue. De n’avoir plus qu’un trou béant au milieu de la poitrine. Jamais, je n’avais eu aussi mal de toute ma vie. J’étais figé. Tétanisé.

On venait d’atteindre le point de non retour. On était à la seconde même où tout basculait. Où plus rien ne serait jamais pareil. Parce qu’il ne serait plus jamais là. C’était lui ou mes obligations. Lui ou mon travail. Lui ou ma famille. L’amour ou le devoir. C’était moi ou eux.

Mon coeur battait à tout rompre. Et en même temps, j’avais l’impression qu’il allait s’arrêter d’un moment à l’autre.

– Je ne peux pas abandonner tout ce que j’ai construit ici. J’ai des obligations envers ma famille, mes clients. Je me dois de rester ici.

 

J’ai senti mon âme se briser en mille morceaux. Tout mon corps tremblait malgré la chaleur. Parce que je venais de réaliser que c’était la dernière fois que je l’embrassais. Que je le serrais dans mes bras. Que je le sentais contre moi. La dernière fois que j’étais véritablement heureux.